Parenthèse n°1 – C’est quoi un « fundraiser » ?

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Pour cette première Parenthèse, j’ai choisi de me pencher sur une question qui laisse plus d’un fundraiser dans l’embarras. « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » Cette fameuse question qui revient sans arrêt dans les dîners mondains et les réunions familiales… Y répondre est facile quand on est prof, avocat, ingénieur ou même technicien de surface. Mais quand on est fundraiser la tâche est plus compliquée.

Scène de la vie quotidienne d’un fundraiser

Fermez les yeux et imaginez la scène suivante.

Acte 1

C’est Noël. Toute la famille est réunie. Vos petits cousins / vos neveux / vos enfants trépignent autour du traditionnel sapin pour ouvrir leurs cadeaux. Le feu crépite doucement dans la cheminée. Vos narines sont délicatement chatouillées par l’odeur de la dinde qui termine de cuire dans le four (ou tout autre plat qui n’est pas sorti tout droit d’une série américaine).

Acte 2

Soudain, au milieu de l’allégresse collective, Mamie vous pose la question : « Mais au fait, qu’est-ce que tu fais réellement dans la vie ? Tu me l’as dit mais je n’ai pas très bien compris. » Vous marquez une pause, cherchant les mots justes pour satisfaire sa curiosité bienveillante. « Et bien Mamie, je suis fundraiser ! » que vous lui dites tout(e) fier(fière).

Et paf ! Déconfiture totale sur le visage de Mamie. Forcément, vous venez d’utiliser un mot anglais…

Vous tentez de vous rattraper : « Ça veut dire que je collecte des fonds privés pour des associations ou des fondations. Pour la Croix Rouge par exemple, ou Action Contre la Faim. Sauf que moi en ce moment je travaille surtout avec des projets artistiques et culturels. » Et vous commencez à vous empêtrer dans des détails. Vous parlez à Mamie de mécénat, de philanthropie, de RSE… Mais rien n’y fait. Plus vous parlez, plus elle a l’air perdue.

Acte 3

Votre Cousin vous voit en difficulté, alors il vient à la rescousse et s’exclame : « Mais en fait t’es convoyeur(se) de fonds !« . Puis votre Oncle (qui vote à droite) rétorque : « Non mais tout ce qu’il(elle) fait c’est prendre de l’argent à ceux qui créent de la valeur pour le donner à ceux qui ne produisent rien. » Vous protestez. Si bien que votre Tante (qui vote, elle, à gauche) sort la phrase qui lancera le débat pour de bon : « C’est surtout qu’il(elle) permet à des boîtes qui ne paient pas d’impôts en France de faire du green washing ! »

Et c’est parti !

Acte 4

Vous jetez l’éponge, et vous reportez votre attention sur votre petite cousine qui vient d’ouvrir sa superbe Barbie flambant neuve. En vous gardant bien de lui dire au passage qu’elle a été fabriquée en Chine par des enfants de son âge.

Un fundraiser, qu’est-ce que c’est ?

Nul besoin de partir dans de tels débats pour expliquer ce qu’est un fundraiser. J’espère qu’en lisant la suite de cet article les non-initiés de l’ESS (économie sociale et solidaire) comprendront enfin ce qu’est ce métier, et que mes camarades fundraisers se reconnaîtront.

Définition simple du métier de fundraiser

« Un fundrai-quoi ?« 

En anglais dans le texte, un « fund-raiser » est une personne (ou un événement) dont le rôle est de mobiliser la générosité financière de différentes parties prenantes (acteurs publics, société civile, entreprises, etc.) autour d’un projet destiné à avoir un impact en faveur d’une cause d’intérêt général. En théorie les fonds sont essentiellement privés. En pratique, dans un pays où l’Etat se cantonne strictement à ses fonctions régaliennes, il tombe sous le sens que la générosité mobilisée sera privée (issue des citoyens ou des entreprises).  Mais dans un pays d’Etat Providence, comme la France ou le Québec par exemple, la générosité mobilisée peut être un savant mélange de fonds publics et de fonds privés.

« Et tu travailles où ?« 

Un fundraiser travaille dans différents types d’organisations : associations, fondations, ONG, collectivités publiques, universités, hôpitaux, théâtres, musées… Et la liste s’allonge d’année en année. Je ne vais pas m’attarder ici sur la flopée de postes différents que peut occuper le fundraiser au sein d’une organisation. L’Association Française des Fundraisers, en partenariat avec l’APEC, a fait un formidable travail de synthèse sur la question.

« Et alors qu’est-ce que tu fais, concrètement ?« 

Dans les faits, le rôle du fundraiser est plus large que la simple récolte de dons. Il passe le plus clair de son temps à donner des nouvelles à ses donateurs et à les convier à toutes sortes d’événements. Comme on dit dans le jargon, il « cultive » sa relation donateur.

C’est pourquoi les terrains de jeu du fundraiser sont autant la rue (ceux qui vous interpellent à la sortie du métro !) que les réseaux sociaux, autant les plateformes de crowdfunding que l’Université d’Eté du MEDEF. Le fundraiser est partout pour tisser une relation de long terme avec son donateur. « Rentrer par sa tête, atteindre son coeur et ressortir par son portefeuille« , telle est la prière du fundraiser. 

Et tout ça pour la bonne cause ! Parce que c’est un point à ne pas négliger : le fundraiser est avant tout un professionnel engagé pour sa cause. Comme les Américains le disent si bien, « people give to people with cause »

Cas particulier : le fundraiser freelance

On peut lui reprocher son côté mercenaire ou franc lancier, mais le fundraiser freelance ressemble en tout point à son homologue salarié ou bénévole. A quelques détails près :

  1. Il(elle) a fait le choix de la liberté et de l’indépendance.
    Le fundraiser freelance éprouve cependant toujours autant le besoin de se rattacher à une cause, à un idéal, à quelque chose de plus grand que lui(elle).
  2. Il(elle) jongle entre plusieurs projets, ce qui ne l’empêche pas de faire du sur-mesure et qui lui confère toute son inspiration et sa créativité.
  3. Il(elle) s’est mis à son compte pour pouvoir se concentrer sur les meilleurs aspects de son métier : lancer des projets et mobiliser différents acteurs autour d’eux pour les voir aboutir.

Fundraiser : un métier d’avenir ?

« Et ça marche ton truc ? » (Monsieur A, un proche)

Vous l’aurez sans doute compris : à une époque où l’Etat se désengage de nombreux domaines de l’intérêt général, le fundraiser a un avenir rayonnant devant lui. Il fait d’ailleurs partie des 20 métiers qui vont le plus se développer dans les prochaines années. Et ce sont les Echos Start qui le disentPourtant ce métier souffre d’un manque de notoriété et de reconnaissance, autant dans l’ESS qu’en dehors. 

Reconnaître le fundraiser…

D’une part le professionnel décrit plus haut n’existe pas toujours tel quel dans la réalité. Dans beaucoup d’organisations, le fundraiser est un(e) chargé(e) de communication ou un cadre de direction, dont le fundraising représente 10% des responsabilités. Parfois même le poste n’existe pas en interne et l’organisation compte sur la spontanéité des donateurs ou la survenue miraculeuse d’un legs. Les organisations qui ont un fundraiser « maison » ne sont finalement qu’une minorité. Et que vous dire de celles qui en ont plusieurs !

D’autre part les organisations à but non-lucratif ne comprennent pas toujours ce que le fundraising implique, en termes de temps et d’investissement (je veux bien entendu parler ici des organisations qui ne le pratiquent pas encore). Il peut se passer 7 ans avant qu’un grand donateur vous dise « oui » ou « non ». Ou plus d’1 an avant que les premiers dons arrivent. Le fundraising est une démarche de long terme qui demande d’expérimenter, se tromper, corriger, recommencer.

Enfin comme pour tout métier de contact, le fundraiser subit une pression relationnelle (voire affective) très importante, de la part de ses collègues, ses donateurs et sa gouvernance. Il y a encore du chemin à parcourir pour que les fundraisers entendent moins de la part de leur Conseil d’Administration : « Alors vous nous coûtez tant, donc il faudrait que vous nous rapportiez dix fois ça ! » J’aimerais voir la tête d’un commissaire aux comptes à qui on dirait la même chose…

… pour mieux faire connaître ce métier

« Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? » (Madame B., professeur des écoles)

Je ne désespère pas qu’un jour des enfants à l’école répondent « fundraiser » à cette question. Il nous reste encore du chemin à parcourir pour (mieux) faire connaître ce métier.

Si cet article vous a plus, le partager serait déjà un bon début ! 😉

Signé : Axelle

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