Parenthèse n°10 (partie 2) – TPE/PME : 5 idées pour des partenariats efficaces avec l’Économie sociale et solidaire

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1,2 million. C’est le nombre de partenariats qui ont été construits entre des entreprises et des associations en 2015 (Le Rameau). A l’heure où le Gouvernement entend revoir le régime fiscal du mécénat, il semblerait que l’engagement sociétal et local des TPE/PME ait de belles perspectives d’avenir. Alors comment travailler en bonne intelligence avec des organisations de l’ESS tout en générant de l’impact ?

Cette Parenthèse a été écrite à quatre mains avec Tiphaine Vidal, consultante et facilitatrice RSE & ESS. Vous pouvez accéder à la première partie de cette Parenthèse ici.

Idée n°3 : co-construire un projet avec une organisation de l’ESS

Depuis quelques années, on voit également émerger des relations partenariales fortes, visant à développer une offre commune : on parle alors de partenariats en co-construction. Dans ce cadre, entreprises et organisations de l’ESS vont travailler main dans la main autour de valeurs communes et pour répondre à un défi de société.

Partenariats TPE/PME & ESS 3

Le modèle économique de ce type de partenariats peut être assez innovant. Si parfois le projet co-construit peut s’autofinancer par de la vente de prestations commerciales, il peut parfois faire l’objet d’un montage plus atypique où les deux partenaires lèvent des fonds pour le projet (via le mécénat ou le parrainage), ou bien l’un réalise un apport en industrie et l’autre réalise un apport financier.

Schneider et La Varappe ont par exemple créé ensemble une joint venture sociale, La Varappe Développement Énergie, visant à proposer des services aux petites collectivités dans le domaine des énergies renouvelables (Le Rameau). Plus récemment, HEC et Ticket for Change ont lancé un MOOC qui permet de trouver une idée d’entrepreneuriat social et structurer son projet afin de devenir un entrepreneur du changement.

Les projets co-construits présentent plusieurs atouts en plus de renforcer la relation partenariale des deux parties :

  • Du côté de la structure de l’ESS, ils permettront de développer des projets à plus grande échelle, ou de développer une offre s’adressant à de nouveaux publics, et éventuellement de bénéficier d’un soutien financier pluriannuel.
  • Du côté de l’entreprise, ces partenariats vont venir renforcer ses engagements RSE et améliorer son impact sur les thématiques sociétales associées au projet, tout en lui permettant d’acquérir de nouveaux marchés.

Idée n°4 : choisir des lieux de l’ESS pour vos événements

L’événementiel et la location d’espaces dans des lieux singuliers, souvent gérés par des associations ou des collectivités, sont pour une entreprise un formidable moyen de créer des moments d’événementiel corporate uniques.

Mettre en scène son engagement et ses valeurs dans un cadre exceptionnel est une manière originale et moderne de faire des relations publiques. Par exemple, la Grainerie à Toulouse, fabrique des arts du cirque, met à disposition ses locaux pour des événements… « avec une couleur cirque ». Découverte et inspiration garanties !

Partenariats TPE/PME & ESS 4

Dans une logique de prestation pure, l’événementiel permet pour l’organisation qui exploite les lieux de développer ses ressources propres. 

Enfin, cela permet aux entreprises d’envoyer un message très positif aux collectivités locales et aux élus, qui seront ravis de voir que les entreprises du territoire « prennent soin » du patrimoine local. 

Idée n°5 : se faire accompagner par une organisation de l’ESS sur une thématique précise

Les organisations de l’ESS ont souvent une expertise peu valorisée, mais unique, sur des thématiques ou des publics bien précis (par exemple l’intégration de personnes handicapées dans l’entreprise). Aujourd’hui encore peu d’entreprises voient les organisations de l’ESS comme détentrices d’une expertise, et c’est bien dommage !

Les TPE/PME se questionnent de plus en plus sur leurs obligations relatives à la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) et sur le chemin à prendre pour s’engager. Si la RSE n’est pas pour le moment une obligation légale pour les TPE/PME, soutenir une cause tout en se faisant aider sur une problématique sociétale peut être un premier pas vers la RSE. Ou peut même venir enrichir une politique déjà en place. Le secteur de l’ESS agit alors comme un levier pour permettre aux entreprises de travailler sur les fameux 17 ODD (Objectifs de Développement Durable) et d’améliorer leur impact social et environnemental

Historiquement, le WWF a été l’une des ONG précurseures de ces partenariats « d’expertise ». Non sans polémique, elle a notamment accompagné Carrefour sur la politique d’achat de sa filière bois, et son logo est désormais apposé sur un grand nombre de produits de l’agro-alimentaire. Derrière cette mise en avant de l’ONG se cache une réelle stratégie partenariale pour aider les marques à avancer vers plus d’éco-responsabilité, que son ancien Directeur Général Pascal Canfin nommait « partenariat transformationnel » (interview de L’Usine, 2017). 

Un autre exemple emblématique est celui de Transparency International France, qui accompagne depuis 2004 le groupe Lafarge dans l’évaluation de son dispositif anti-corruption et la rédaction de sa charte lobbying (Le Rameau).

Partenariats TPE/PME & ESS 5

Si l’accompagnement se fait dans le cadre du mécénat, l’accompagnement peut être en soi une contrepartie (mais attention à ce que la valeur de l’accompagnement conserve une disproportion marquée avec la valeur du don). Il peut par ailleurs s’effectuer comme une prestation de conseil, à condition que la vente de la prestation ne remette pas en cause la non-lucrativité de l’organisation.

Conclusion : avoir des idées c’est bien, mais avoir une stratégie c’est mieux !

Tout cela prend du temps, de l’énergie et demande de mobiliser des ressources humaines sur la question. Mais cela requiert avant tout de savoir dans quelle direction on avance, pourquoi, ce qu’on en attend… Bref, d’avoir une véritable stratégie !

Si bien sûr l’entreprise n’a a priori pas vocation à s’attaquer dans son coeur de métier à toute la misère du monde, il n’en demeure pas moins qu’elle peut avoir son mot à dire sur ces questions et des compétences à valoriser.

La RSE est au cœur des enjeux de l’entreprise d’aujourd’hui et de demain. Et la philanthropie d’entreprise peut être un outil formidable au service de ces politiques RSE, et au bénéfice des organisations de l’ESS du territoire. Mais attention à la cohérence globale, car comme le souligne Virginie Seghers, co-fondatrice de Prophil, « aucune entreprise ne se dédouanera d’un comportement irresponsable par un mécénat de qualité ; le mécénat alibi ne sera pas l’arbre qui cache la forêt » (Ce qui motive les entreprises mécènes, 2007).

Au bout du compte la question qui se pose est bien celle de la « raison d’être » de l’entreprise : à quoi bon produire de la richesse si elle ne permet pas de construire le monde de demain ?

Pour aller plus loin

Relisez la première partie de cette Parenthèse ici.

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Parenthèse n°10 (partie 1) – TPE/PME : 5 idées pour des partenariats efficaces avec l’Économie sociale et solidaire

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1,2 million. C’est le nombre de partenariats qui ont été construits entre des entreprises et des associations en 2015 (Le Rameau). A l’heure où le Gouvernement entend revoir le régime fiscal du mécénat, il semblerait que l’engagement sociétal et local des TPE/PME ait de belles perspectives d’avenir. Alors comment travailler en bonne intelligence avec des organisations de l’ESS tout en générant de l’impact ?

Cette Parenthèse a été écrite à quatre mains avec Tiphaine Vidal, consultante et facilitatrice RSE & ESS. Vous pouvez consulter directement la deuxième partie de cette Parenthèse ici.

L’engagement sociétal : effet de mode ou véritable tendance de fond ?

Contrairement aux idées reçues, les TPE et PME représentent l’écrasante majorité des entreprises mécènes en France (96%). Celles-ci sont particulièrement attachées à l’ancrage territorial, le mécénat s’exerçant en très grande majorité au niveau local (Baromètre 2018 CSA / ADMICAL). Du côté de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), on tisse depuis bien longtemps des partenariats avec le secteur dit « marchand », parfois par obligation, mais la plupart du temps par opportunité de développement.

Et pourtant, malgré des dynamiques partenariales fortes et innovantes entre les TPE/PME et l’ESS, les préjugés ont encore la vie dure !

Sur le terrain, il est courant d’entendre des acteurs de l’ESS fustiger les pratiques délétères des entreprises, jusqu’à refuser de coopérer avec elles. Et du côté des entreprises, on ricane souvent de l’amateurisme présumé et de la naïveté des acteurs de l’ESS. 

Pour autant les raisons de travailler ensemble sont plus nombreuses que les raisons de s’opposer. Notamment parce que sur un même territoire, TPE/PME et organisations de l’ESS partagent bien souvent des enjeux communs. Elles ont les unes comme les autres des problématiques de croissance sur des territoires parfois économiquement et socialement isolés. Elles peuvent rencontrer les mêmes problématiques de gestion RH (difficultés de recrutement, gestion des talents et de la cohésion d’équipe). Toutes sont dirigées par des citoyens qui ont à cœur le rayonnement de leur territoire, leur région, etc.

Comment faire donc pour commencer des partenariats efficaces avec des organisations de l’ESS ?

Idée n°1 : faire ses premiers pas avec le mécénat d’entreprise ou le parrainage

Levons tout de suite une confusion trop fréquente : le mécénat et le parrainage sont dans leur stricte définition des outils juridiques et fiscaux, POINT.

Ils peuvent servir le même objectif, mais la véritable différence se fera au niveau de la défiscalisation du don (inexistante pour le parrainage) et de la valeur des contreparties (plafonnées pour le mécénat). En réalité, le régime choisi permettra de donner un cadre aux partenariats conclus.

Encadrés par la désormais célèbre loi Aillagon de 2003, mécénat et parrainage sont en réalité deux régimes fiscaux qui traduisent une pratique très ancienne : celle de la philanthropie. D’abord exercé par de riches individus à l’égard des arts et des sciences, la philanthropie  a su s’adapter à l’air du temps. 

Finie donc l’époque de la philanthropie “à la papa” ou danseuse de président ! Bienvenu.e.s dans l’ère de la corporate philanthropy et des partenariats stratégiques !

Aujourd’hui la philanthropie d’entreprise s’est beaucoup professionnalisée et structurée. Elle est devenue un excellent moyen d’engagement des entreprises, tant du point de vue des dons en numéraire (ou financiers), en nature, ou du mécénat de compétence.

Elle peut très concrètement se traduire par un don qui permet de soutenir globalement l’action de l’organisation, ou plus précisément un projet spécifique vers lequel le don sera « fléché ». 

Certaines entreprises mettent en place des dispositifs de partenariats plus poussés, comme des dispositifs de mise à disposition de collaborateurs (qui vont travailler pro bono pendant un nombre donné de journées pour une organisation d’intérêt général). C’est le cas par exemple d’Altran Technologies France

D’autres organisent un défi solidaire annuel au bénéfice d’une association, comme par exemple Seabird et sa marche solidaire Amalia pour les Baroudeurs de l’Espoir

D’autres enfin vont plus loin et vont jusqu’à créer un fonds de dotation ou d’une fondation d’entreprise pour donner davantage d’impact à leur action d’intérêt général. On pourra citer par exemple le fonds Après Demain ou la Fondation d’entreprise Hermès, dédiés à des thématiques en rapport avec le cœur de métier de l’entreprise d’origine. 

Les partenariats avec l’ESS permet de créer ou consolider un esprit d’appartenance parmi ses collaborateurs. Bien au-delà de ça, il permet de créer une véritable identité de l’entreprise sur le territoire, et permet de renforcer la marque employeur de l’entreprise. L’assureur Monceau Assurance a su notamment créer une véritable dynamique à Vendôme (Loire-et-Cher) en mettant à disposition son Monceau Campus à disposition de ses partenaires associatifs. 

Et pour ne rien gâcher, il convient de rappeler que le modèle français du mécénat est un des plus incitatifs au monde (cocorico !). Une entreprise qui réalise un don au titre du mécénat peut déduire jusqu’à 66% du montant de son don de l’IS (dans la limite de 0,5% de son chiffre d’affaire, ou de celle d’un plafond de 10 000€ pour les TPE/PME). 

Idée n°2 : monter ou rejoindre un club d’entreprises locales

Le mécénat dit « collectif » permet de rassembler des entreprises autour d’un enjeu de société commun. Beaucoup d’acteurs culturels ont développé ce type de démarches ces dernières années, à l’instar du Fonds de dotation Carré Rive Gauche ou encore le club d’entreprises de l’AROP (Association pour le Rayonnement de l’Opéra de Paris). Tous les secteurs sont aujourd’hui représentés dans les clubs d’entreprises. 

On peut distinguer deux types de clubs d’entreprises :

  • ceux créés à l’initiative d’entreprises engagées dans des démarches d’intérêt général ;
  • ceux créés par un organisme de l’ESS afin de réunir des partenaires et favoriser leur engagement.

Créer ou rejoindre un club d’entreprises locales permet aussi bien de rassembler des acteurs du territoire intéressés par une même problématique, que de créer des opportunités business et de réseautage. Les délégations locales de la Fondation FACE en sont un bon exemple. 

Nombre d’organisations de l’ESS ont par ailleurs pris les devant et ont créé elles-mêmes leurs clubs d’entreprise, avec pour ambition de fédérer des entreprises autour de leur cause. L’association historique GIAA (Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes) a ainsi initié le « Club Emploi » en 2003, dont les entreprises membres accompagnent les personnes déficientes visuelles dans leurs recherches d’emploi. 

Si le club peut avoir vocation à soutenir financièrement des projets autour d’une thématique d’intérêt général précise, créer une fondation ou un fonds de dotation peut également s’avérer être une belle opportunité ! C’est ainsi que le club d’entreprises partenaires de l’institut Garches créé en 1988, qui favorise l’insertion des personnes en situation de handicap moteur, est devenu la Fondation Garches en 2004. 

Découvrez la suite de nos idées dans la deuxième partie de cette Parenthèse.

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Parenthèse n°9 – 5 conseils pour réussir à collecter pour une cause difficile : le cas du Mouvement Français pour un Revenu de Base

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Dans la Parenthèse n°8, je vous expliquais pourquoi il était si difficile de collecter quand on porte une cause difficile. Point de fatalité cependant : il existe de multiples façons de contourner cela ! Dans cette nouvelle Parenthèse, je vous explique comment faire au travers de mon expérience avec une belle association que j’ai accompagnée ces derniers mois : le Mouvement Français pour un Revenu de Base.

Que fait le Mouvement Français pour un Revenu de Base ?

J’ai eu le grand plaisir de travailler début 2019 avec le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB). Créée en 2013 à l’issue d’une ICE (initiative citoyenne européenne), cette jeune association a pour mission de promouvoir le revenu de base dans le débat public afin d’aboutir à son instauration en France.

Pour comprendre davantage ce qu’est le revenu de base, voici une vidéo réalisée en 2017 :

Porté par plus de 1 000 adhérents et 30 groupes locaux, et appuyé par des personnalités politiques de tous bords, le MFRB a depuis sa création réalisé de nombreuses actions pour promouvoir le revenu de base. Très bien intégré dans l’écosystème mondial du revenu de base (UBIE pour l’Europe et BIEN au niveau mondial), le MFRB est devenu en quelques années très présent sur la scène politique française. En 2018, par exemple, le MFRB a été reçu à l’Elysée dans le cadre du plan de lutte contre la pauvreté, et a contribué au rapport de Cédric Villani sur l’intelligence artificielle.

En 2019, le MFRB se retrouve après 6 ans d’existence confronté à la nécessité de changer d’échelle. Concrètement, il lui faut développer ses ressources pour pouvoir pérenniser ses équipes et embaucher ses premiers salariés.

Mouvement Français pour un Revenu de Base

Pour autant, le MFRB doit composer avec deux freins majeurs pour développer sa collecte :

  • La question du revenu de base est une question clivante, bien que défendue par des personnalités politiques de gauche comme de droite. Véritable projet de société alternatif, elle constitue une solution à nombre de problématiques sociales, telles que la grande pauvreté, la précarité de l’emploi et le chômage, l’émancipation des femmes, l’égalité des chances, le développement des zones rurales, et même la construction de l’Europe sociale. Le revenu de base a donc tout d’une « cause difficile » (cf. définition dans la Parenthèse n°8).
  • Le MFRB, bien que reconnu d’intérêt général, n’a pas la possibilité d’émettre des reçus fiscaux permettant de défiscaliser les dons reçus au titre du mécénat.

Deux facteurs qui complexifient sérieusement la collecte et peuvent vous donner la migraine au quotidien.

Mais ce n’est absolument pas une raison pour baisser les bras. C’est même au contraire une excellente opportunité d’innover !

Si votre association est dans le même cas de figure, voici quelques conseils que vous pouvez appliquer pour contourner ces obstacles et construire votre stratégie de développement à 3 ans.

Conseil n°1 : Ne vous arrêtez pas au « non » émis par l’administration fiscale

Dès que vous recevez la réponse de l’administration à la procédure de rescrit fiscal, repartez à l’assaut ! Revoyez sérieusement votre argumentaire, et consultez un juriste ou un avocat, mais ne restez pas sur cette réponse.

Plus généralement, cela peut-être une opportunité pour repenser votre statut juridique : un autre statut ne serait-il pas plus approprié pour permettre à votre organisation de remplir sa mission (fonds de dotation, fondation abritée, etc.) ?

Cette réflexion est une bonne occasion de (re)penser jusqu’au bout votre stratégie de développement des ressources à 3 ans, et de bien anticiper vos besoins.

Conseil n°2 : Plus que jamais, diversifiez votre modèle économique

Les associations et ONG ont trop tendance à envisager le développement des ressources sous un seul angle : le mécénat d’entreprise, les dons majeurs, le crowdfunding, etc.

Quel dommage quand on connaît la diversité des leviers à votre disposition !

Si votre organisation porte une cause difficile, avec le risque donc que cela complexifie vos démarches, la meilleure stratégie pour votre organisation sera donc de diversifier un maximum les ressources issues de la générosité privée. Dons de particuliers, dons majeurs, partenariats entreprises, appels à projets de fondations, micro-dons, abondement ou matching gifts… A vous de trouver le bon « mix » entre tous ces canaux !

Mais la réussite de votre modèle économique tiendra également à un savant mélange entre générosité privée, fonds publics (subventions publiques locales, fonds européens) et d’autres modes de financements (adhésions). Et ce d’autant plus si le Trésor public vous refuse la possibilité d’émettre des reçus fiscaux.

Enfin, veillez à bien évaluer vos besoins jusqu’au bout :

  • N’y a-t-il pas d’autres ressources qui vous permettraient de vous développer (don en nature, mécénat de compétence, bénévolat) ?
  • Ne pouvez-vous pas co-construire certains projets avec des organisations partenaires (campagnes de plaidoyer ou colloque par exemple) ?
  • Votre organisation est-elle éligible aux dispositifs d’aide à l’embauche d’un.e premier.e salarié.e ?

Quoiqu’il en soit, n’ayez pas peur de « penser en dehors de la boîte » ! Votre cause est unique, et verser dans le conformisme au niveau de votre campagne de collecte la desservirait. Vous avez la grande chance de pouvoir casser les codes et bousculer les habitudes : cultivez cette attitude même avec vos donateurs.

Conseil n°3 : Identifiez vos alliés les plus fidèles

Même si votre cause est réputée difficile, vous avez très certainement un réseau d’alliés sur lequel vous appuyer.

Il peut s’agir d’autres associations, ONG, mouvements ou même partis politiques, qui peuvent relayer vos projets.

Mais vous avez surtout et très certainement des personnalités dans votre environnement immédiat, sympathisantes de votre cause et qui accepteront de vous aider. Et si elles ne peuvent vous faire un don, leur carnet d’adresse vaut de l’or !

Pour les trouver, il faut déjà les chercher :

  1. Commencez par réunir votre bureau / comité d’ambassadeurs / comité exécutif
  2. Réalisez ensemble une cartographie des acteurs avec lesquels vous travaillez actuellement ou avez travaillé.
  3. Commencez à pré-remplir votre base de contact, et qualifiez les différents contacts identifiés (en veillant à rester GRPD friendly)
  4. Une fois les contacts prioritaires définis, contactez-les et rencontrez-les pour leur présenter vos projets.
  5. Une fois la dynamique lancée, remerciez-les et surtout cultivez soigneusement vos relations avec ces précieux alliés.

Si cette démarche demande un véritable investissement en temps et en ressources de la part de vos équipes bénévoles, elle en vaut largement la peine !

Conseil n°4 : Segmentez soigneusement votre base de contacts

En plus de tout le travail de cartographie réalisé précédemment, lancez vous dans un benchmark de votre environnement concurrentiel. Très concrètement, il s’agit de regarder :

  1. Comment la cause que vous portez est comprise par le grand public (et donc par des donateurs potentiels qui s’intéresseraient à votre cause)
  2. Ce que font les organisations concurrentes en matière de fundraising, et comment la vôtre se place dans cet environnement-là

Ce travail de recherche vous permettra de commencer à qualifier votre base de contacts et à gagner un temps précieux pour la suite.

Il n’y a rien de pire en effet que de travailler avec un fichier de prospection avec 300 contacts non qualifiés ! Non seulement vous n’arriverez pas à tout suivre en même temps, mais vous aurez aussi le plus grand mal à prioriser vos approches. Et vous manquerez enfin de pertinence quand vous solliciterez vos prospects et alliés, ce qui n’est jamais bon pour une première impression.

Conseil n°5 : Osez voir plus loin que la France

Si votre organisation est particulièrement bien identifiée au niveau mondial sur la cause que vous portez, n’hésitez pas à aller chercher des prospects au-delà des frontières nationales.

Vous êtes déjà suffisamment isolés par votre cause, ne restez pas coincés dans le syndrome du petit village d’irréductibles Gaulois !

A l’échelle européenne par exemple, regardez quels sont les fonds européens auxquels vous pouvez prétendre. Regardez quelles fondations européennes sont actives sur votre cause, et renseignez-vous également sur les grands philanthropes européens ou américains : ils peuvent être bien plus sensibles à votre cause que les philanthropes français.

Conclusion : Le fundraising est un sport d’endurance

Développer ses ressources n’est jamais simple, et ça l’est encore moins quand on porte une cause difficile.

Pour prêter le moins possible le flanc à la critique, professionnalisez un maximum votre approche et votre relation avec vos alliés, donateurs, partenaires. On vous pardonnera toujours votre authenticité, mais beaucoup moins des approches bancales, des maladresses ou des relances trop insistantes.

Et si vous avez déjà appliqué tous ces conseils et que votre campagne ne décolle pas, laissez le temps au temps !

Ou alors contactez-moi pour qu’on en discute 😉

Signé : Axelle

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Parenthèse n°8 – Pourquoi est-ce si difficile de collecter quand on porte déjà une cause difficile ?

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En fundraising comme dans n’importe quel autre domaine, il existe des tendances et des modes. Chaque période a son lot de causes plébiscitées par le mécénat d’entreprise et la grande philanthropie. Collecter quand on défend une cause qui sort des tendances n’est donc jamais simple. Mais la réforme du mécénat envisagée par le gouvernement en 2020 n’aidera pas franchement ces associations, qui ont déjà bien du mal à joindre les deux bouts !

Explications sous forme de billet d’humeur.

Qu’est-ce qu’une cause difficile ?

Je voudrais tout d’abord clarifier un point avant d’aller plus loin. On appelle « cause difficile » en fundraising une cause qui est soit très clivante par nature (politiquement notamment), soit très complexe car touchant à plusieurs sujets de société à la fois. Souvent portée par des associations très militantes, une « cause difficile » n’entre donc pas dans une des grandes cases de la philanthropie classique (éducation, arts et culture, recherche médicale, aide sociale, solidarité internationale, droits humains, etc.) mais dans plusieurs cases à la fois.

Cause difficile 1

Les causes difficiles n’ont pas le vent en poupe de nos jours

La RSE ne joue pas toujours en faveur des causes difficiles

En France, la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise (RSE) fait son petit bonhomme de chemin dans le secteur privé depuis plusieurs années déjà. De plus en plus de patrons, et particulièrement de PME, choisissent volontairement d’initier une démarche de RSE au sein de leurs entreprises. Vous commencez à connaître mon opinion sur la question : c’est une avancée indéniablement positive vers une société plus juste et plus solidaire.

cause difficile 2

Pour autant, cette avancée est à analyser avec circonspection. Dans une étude de 2018, l’Observatoire de la Fondation de France a mis en évidence un phénomène nouveau : celui de la substitution de la RSE au mécénat d’entreprise. Loin de moi l’idée de juger les entreprises pour cette nouvelle approche : je veux simplement poser ici le fait que ces deux approches ne correspondent pas du tout à la même logique :

  • La RSE répond à une logique endogène, directement liée au cœur de métier et l’activité de l’entreprise,
  • Le mécénat relève d’une logique exogène, du désintéressement, de la générosité, avec « une disproportion marquée » (comme le dit si bien la loi Aillagon) entre les retombées pour l’entreprise et le montant de l’acte de don.

En résultat de cette nouvelle approche par la RSE, les causes moins « faciles », « grand public » ou « dans l’air du temps » ont de plus en plus de difficultés à développer des partenariats avec le monde for profit.

Quand la philanthropie se professionnalise, les causes difficiles restent sur le carreau

Le monde de la philanthropie a par ailleurs sa part de responsabilité dans le fait que les causes difficiles sont de plus en plus complexes à financer. Les fondations privées et fonds de dotations se sont fortement professionnalisés ces dernières années, notamment dans leurs process de sélection des projets. Elles font en effet face à un nombre de demandes de financement croissant, parfois jusqu’à des centaines de dossiers par jour .

Cause difficile 3

Pour être plus efficaces dans leurs appels à projet, elles ont donc adopté deux modes de sélection :

  1. Un grand appel annuel sur une thématique précise, avec un lourd dossier à remplir et un long process d’instruction, mais un accompagnement significatif (entre 10 000 et 50 000€) et sur plusieurs années.
  2. Plusieurs appels dans l’année sur une thématique plus large, avec un process de sélection plus léger mais avec à la clé des sommes toujours plus faibles (de 1 500 à 5 000€).

Le danger pour de petites associations ou ONG est qu’elles finissent par se retrouver automatiquement évincées de ce type d’appel à projet, faute de temps et de ressources humaines.

De plus, probablement pour des raisons de gouvernance et de communication interne, la tendance pour les fondations et fonds de dotation, et particulièrement les fondations d’entreprise, est au soutien de causes plutôt consensuelles, très politiquement correctes.

On « soutient la lutte contre la pauvreté » mais surtout pas l’assistanat. On soutient « l’accès des plus démunis aux arts et la culture » mais on n’entretient pas un artiste, cet espèce d’animal oisif qui vit aux crochets de la société. On « accompagne des projets » mais on ne finance surtout pas la création d’un poste dans une association pour l’aider à changer d’échelle.

Je caricature grandement, car heureusement la tendance est à un accompagnement plus fort des fondations pour aider les associations à changer d’échelle. Mais force est de constater que la philanthropie française n’a aujourd’hui rien à voir avec la philanthropie politiquement engagée et militante que l’on trouve en Allemagne !

Cause difficile 4

Le cas de l’Allemagne : un exemple à suivre pour une philanthropie plus engagée ?

Outre-Rhin en effet, chez nos cousins Germains, les fondations sont très nombreuses (plus de 19 000 d’après le CerPhi et l’Observatoire de la Fondation de France), mais elles étonnent par leur vitalité, voire leur militantisme :

  • La Guerrilla Foundation par exemple a fait de l’aide aux mouvements sociaux et politiques naissants sa raison d’être.
  • La fondation Robert Bosch (pourtant fondation d’entreprise et l’une des plus grandes d’Allemagne) est même opératrice de projets de solidarité et d’aide sociale (pour les néophytes, cela signifie qu’elle conçoit, lance et opère elle-même ses propres projets non profit).
  • La fondation Edith Maryon, enfin, basée en Suisse mais opérant en Allemagne, montre par son soutien au Schokoladen à Berlin qu’une fondation peut réellement s’engager pour la survie et le développement d’un lieu de vie, de création et de citoyenneté.
Cause difficile 5

Conclusion : « Causes difficiles, arrêtez d’être polies ! »

Je me souviens de l’appel à la révolte lancé au colloque de France Générosités en octobre 2018 par le célèbre chercheur du CNRS Dominique Wolton à propos de la réforme ISF / IFI initiée par Bercy en 2017.

Et c’est ce message que je tiens à faire passer au travers de cette Parenthèse.

Associations et ONG, arrêtez d’être polies !

Vous êtes légitimes à peser autant que les entreprises dans les réformes fiscales car vous êtes la société civile !

Vous œuvrez pour l’intérêt général là où l’Etat ne va plus, et vous avez déjà fort à faire avec la cause que vous défendez. Ne vous embarrassez plus avec des nuances et faites-vous respecter.

Et si vous voulez savoir comment collecter quand on porte une cause difficile, rendez-vous sur la Parenthèse n°9 – 5 conseils pour réussir à collecter pour une cause difficile.

Signé : Axelle

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Parenthèse n°7 – Les 3 vertus de l’échec en fundraising

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L’échec fait partie du quotidien du fundraiser. Un prospect qui nous balade par téléphone, un rendez-vous avec un grand donateur qui s’est mal passé, un mécène qui nous retire son soutien avec de faux prétextes… Les exemples ne manquent pas ! La capacité d’un fundraiser à « encaisser l’échec » serait-elle toute aussi importante que sa capacité à « encaisser les chèques » ?

La présente Parenthèse puise son inspiration du livre du philosophe Charles Pépin « Les Vertus de l’échec » (Editions Allary, 2016).

L’échec est un remède aux multiples vertus

Il peut paraître paradoxal de parler de l’échec comme d’un remède.

Souvent mal vécu, il peut laisser un goût amer, un sentiment de déception, voire de culpabilité, qui s’apparente plutôt à une punition qu’à une récompense. A un poison plutôt qu’à un remède.

Pourtant, l’échec comporte de multiples vertus.

L'échec comporte de multiples vertus en fundraising

Photo by Matt Briney on Unsplash

Si l’échec est aux fondements de toute démarche scientifique et artistique, il nous apprend à oser, corriger, recommencer. La philosophie nous éclaire d’ailleurs sur les vertus de l’échec.

Pour les philosophes existentialistes, un échec nous permet de nous construire, de faire l’exercice de notre liberté, de « devenir ». Pour les psychanalystes, il permet de se poser la question de notre désir profond, de notre « essence ». Enfin, pour les philosophes stoïciens, l’échec est une confrontation au réel qui nous invite à accepter ce qu’on ne peut changer pour se concentrer sur ce qu’on peut changer.

Parmi ces nombreuses vertus, trois vertus peuvent aider le fundraiser dans son quotidien.

Vertu n°1 : l’apprentissage

Je ne perds jamais : soit je gagne, soit j’apprends.

Nelson Mandela
Vertu n°1 de l'échec en fundraising : l'apprentissage

Photo by Element5 Digital on Unsplash

La première vertu de l’échec, et pas la moindre, est l’apprentissage. Si les succès sont plus agréables que les échecs, ils sont cependant bien moins riches en apprentissages. Les entrepreneurs de la Silicon Valley ont d’ailleurs adopté l’adage « fail fast, learn fast » comme un impératif pour aller plus rapidement vers le succès de leur démarche entrepreneuriale.

En d’autres termes, un mécène qui nous quitte, c’est une opportunité pour essayer de mieux comprendre ce que l’on pourrait améliorer :

  • A-t-on accordé trop peu de temps à ce donateur ? Peut-on éviter d’en arriver là avec d’autres donateurs ?
  • En a-t-on trop promis lors de la phase de sollicitation ? Le projet a-t-il été suffisamment clair dès le départ ?
  • Si les raisons de la décision ne dépendent pas de nous, quels facteurs ont pu influencer le donateur ? Que peut-on éventuellement faire pour éviter ces externalités négatives ?

Vertu n°2 : l’humilité

Ce qui dépend de toi, c’est d’accepter ou non ce qui ne dépend pas de toi.

Épictète

L’échec est une crise provoquée par la confrontation de notre volonté au monde réel. Et celui-ci ne va pas forcément dans le sens où nous voudrions qu’il aille.

Aussi belle soit la cause que nous défendions, aussi professionnelle soit notre équipe, aussi impliqués soient nos administrateurs / donateurs / ambassadeurs, le monde a d’autres priorités. Qu’on le veuille ou non, des milliers d’autres organisations sollicitent les mêmes donateurs que nous, et arrivent à décrocher un don avec un argumentaire encore meilleur que le nôtre… Ou même parfois avec moins d’atouts que nous !

Accepter que notre organisation n’est pas au centre du monde fait partie du quotidien du fundraiser.

L’échec remet à sa juste place le projet associatif de notre organisation. L’échec permet une saine remise en question de nos modes d’action et de notre stratégie :

  • Sollicite-t-on les bonnes cibles ? Ou notre approche est-elle appropriée pour telle ou telle cible ?
  • Le projet associatif est-il suffisamment clair ? Inspirant ? Propose-t-il un véritable projet de société ou d’avenir ? N’a-t-on pas trop tendance à verser dans le jargon ?
  • Sommes-nous les plus légitimes pour porter un tel projet ? N’aurait-on pas intérêt à le co-construire avec d’autres associations partenaires ?
Vertu n°2 de l'échec en fundraising : l'humilité

Vertu n°3 : la capacité de rebond

Je n’ai pas échoué des milliers de fois, j’ai réussi des milliers de tentatives qui n’ont pas fonctionné

Thomas Edison

L’échec permet de remettre en question ses croyances initiales. Rebondir, c’est trouver la force de rectifier ses croyances initiales et de construire une méthode plus adaptée pour aller vers la vérité ou le succès.

En fundraising, on peut rebondir de plusieurs manières :

  • Quelles maladresses ont été commises avec un donateur mécontent ? Dans quelle mesure peut-on les réparer et transformer la relation avec ce donateur ?
  • Un prospect n’a momentanément pas les moyens de nous soutenir dans un projet stratégique, qui a pourtant besoin de financements importants. Comment peut-on s’appuyer sur son réseau d’ambassadeurs et de relais pour trouver des financements alternatifs ?
  • Notre société d’amis ou club de mécènes a de plus en plus de difficultés à réunir ses membres. Que peut-on proposer de nouveau pour raviver l’intérêt des membres actuels, ou recruter de nouveaux membres ?
Vertu n°3 de l'échec en fundraising : la capacité de rebond

Conclusion : peut-on apprendre à « bien échouer » en fundraising ?

Deviens ce que tu es

Friedrich Nietsche

Que l’échec nous donne à apprendre, nous conduise vers davantage d’humilité, ou qu’il nous permette de rebondir, on peut s’accorder à dire que l’échec est une véritable école des soft skills. L’échec serait donc un allié incontestable pour devenir un bon fundraiser (cf. Parenthèse n°5 – On ne naît pas fundraiser, on le devient).

Pour autant un bon fundraiser se doit dès le départ de sortir du « déni de l’échec ».

Loin de moi l’idée de vous inviter à constamment voir le verre à moitié vide ! Je veux simplement dire qu’il faut entrevoir l’échec comme une possibilité à nos actions. Nos méthodes et nos techniques ont beau avoir fait leurs preuves, elles doivent s’adapter de manière permanente à un contexte différent et mouvant.

Enfin, le fundraiser pour avancer doit se défaire de sa culpabilité de l’échec. Pour être convainquant et montrer à sa gouvernance les nouvelles opportunités qui s’ouvrent devant elle, le fundraiser ne doit pas remettre en question sa compétence. Il doit plutôt se saisir de l’échec pour montrer la voie à son organisation vers une saine remise en question.

« Bien échouer » serait donc apprendre à « oser échouer ». Car c’est en échouant qu’on apprend qu’on se relève d’un échec, et donc qu’on sera capable de rebondir.

Signé : Axelle

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