Parenthèse n°8 – Pourquoi est-ce si difficile de collecter quand on porte déjà une cause difficile ?

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En fundraising comme dans n’importe quel autre domaine, il existe des tendances et des modes. Chaque période a son lot de causes plébiscitées par le mécénat d’entreprise et la grande philanthropie. Collecter quand on défend une cause qui sort des tendances n’est donc jamais simple. Mais la réforme du mécénat envisagée par le gouvernement en 2020 n’aidera pas franchement ces associations, qui ont déjà bien du mal à joindre les deux bouts !

Explications sous forme de billet d’humeur.

Qu’est-ce qu’une cause difficile ?

Je voudrais tout d’abord clarifier un point avant d’aller plus loin. On appelle « cause difficile » en fundraising une cause qui est soit très clivante par nature (politiquement notamment), soit très complexe car touchant à plusieurs sujets de société à la fois. Souvent portée par des associations très militantes, une « cause difficile » n’entre donc pas dans une des grandes cases de la philanthropie classique (éducation, arts et culture, recherche médicale, aide sociale, solidarité internationale, droits humains, etc.) mais dans plusieurs cases à la fois.

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Les causes difficiles n’ont pas le vent en poupe de nos jours

La RSE ne joue pas toujours en faveur des causes difficiles

En France, la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise (RSE) fait son petit bonhomme de chemin dans le secteur privé depuis plusieurs années déjà. De plus en plus de patrons, et particulièrement de PME, choisissent volontairement d’initier une démarche de RSE au sein de leurs entreprises. Vous commencez à connaître mon opinion sur la question : c’est une avancée indéniablement positive vers une société plus juste et plus solidaire.

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Pour autant, cette avancée est à analyser avec circonspection. Dans une étude de 2018, l’Observatoire de la Fondation de France a mis en évidence un phénomène nouveau : celui de la substitution de la RSE au mécénat d’entreprise. Loin de moi l’idée de juger les entreprises pour cette nouvelle approche : je veux simplement poser ici le fait que ces deux approches ne correspondent pas du tout à la même logique :

  • La RSE répond à une logique endogène, directement liée au cœur de métier et l’activité de l’entreprise,
  • Le mécénat relève d’une logique exogène, du désintéressement, de la générosité, avec « une disproportion marquée » (comme le dit si bien la loi Aillagon) entre les retombées pour l’entreprise et le montant de l’acte de don.

En résultat de cette nouvelle approche par la RSE, les causes moins « faciles », « grand public » ou « dans l’air du temps » ont de plus en plus de difficultés à développer des partenariats avec le monde for profit.

Quand la philanthropie se professionnalise, les causes difficiles restent sur le carreau

Le monde de la philanthropie a par ailleurs sa part de responsabilité dans le fait que les causes difficiles sont de plus en plus complexes à financer. Les fondations privées et fonds de dotations se sont fortement professionnalisés ces dernières années, notamment dans leurs process de sélection des projets. Elles font en effet face à un nombre de demandes de financement croissant, parfois jusqu’à des centaines de dossiers par jour .

Cause difficile 3

Pour être plus efficaces dans leurs appels à projet, elles ont donc adopté deux modes de sélection :

  1. Un grand appel annuel sur une thématique précise, avec un lourd dossier à remplir et un long process d’instruction, mais un accompagnement significatif (entre 10 000 et 50 000€) et sur plusieurs années.
  2. Plusieurs appels dans l’année sur une thématique plus large, avec un process de sélection plus léger mais avec à la clé des sommes toujours plus faibles (de 1 500 à 5 000€).

Le danger pour de petites associations ou ONG est qu’elles finissent par se retrouver automatiquement évincées de ce type d’appel à projet, faute de temps et de ressources humaines.

De plus, probablement pour des raisons de gouvernance et de communication interne, la tendance pour les fondations et fonds de dotation, et particulièrement les fondations d’entreprise, est au soutien de causes plutôt consensuelles, très politiquement correctes.

On « soutient la lutte contre la pauvreté » mais surtout pas l’assistanat. On soutient « l’accès des plus démunis aux arts et la culture » mais on n’entretient pas un artiste, cet espèce d’animal oisif qui vit aux crochets de la société. On « accompagne des projets » mais on ne finance surtout pas la création d’un poste dans une association pour l’aider à changer d’échelle.

Je caricature grandement, car heureusement la tendance est à un accompagnement plus fort des fondations pour aider les associations à changer d’échelle. Mais force est de constater que la philanthropie française n’a aujourd’hui rien à voir avec la philanthropie politiquement engagée et militante que l’on trouve en Allemagne !

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Le cas de l’Allemagne : un exemple à suivre pour une philanthropie plus engagée ?

Outre-Rhin en effet, chez nos cousins Germains, les fondations sont très nombreuses (plus de 19 000 d’après le CerPhi et l’Observatoire de la Fondation de France), mais elles étonnent par leur vitalité, voire leur militantisme :

  • La Guerrilla Foundation par exemple a fait de l’aide aux mouvements sociaux et politiques naissants sa raison d’être.
  • La fondation Robert Bosch (pourtant fondation d’entreprise et l’une des plus grandes d’Allemagne) est même opératrice de projets de solidarité et d’aide sociale (pour les néophytes, cela signifie qu’elle conçoit, lance et opère elle-même ses propres projets non profit).
  • La fondation Edith Maryon, enfin, basée en Suisse mais opérant en Allemagne, montre par son soutien au Schokoladen à Berlin qu’une fondation peut réellement s’engager pour la survie et le développement d’un lieu de vie, de création et de citoyenneté.
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Conclusion : « Causes difficiles, arrêtez d’être polies ! »

Je me souviens de l’appel à la révolte lancé au colloque de France Générosités en octobre 2018 par le célèbre chercheur du CNRS Dominique Wolton à propos de la réforme ISF / IFI initiée par Bercy en 2017.

Et c’est ce message que je tiens à faire passer au travers de cette Parenthèse.

Associations et ONG, arrêtez d’être polies !

Vous êtes légitimes à peser autant que les entreprises dans les réformes fiscales car vous êtes la société civile !

Vous œuvrez pour l’intérêt général là où l’Etat ne va plus, et vous avez déjà fort à faire avec la cause que vous défendez. Ne vous embarrassez plus avec des nuances et faites-vous respecter.

Et si vous voulez savoir comment collecter quand on porte une cause difficile, rendez-vous sur la Parenthèse n°9 – 5 conseils pour réussir à collecter pour une cause difficile.

Signé : Axelle

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