Parenthèse n°17 – 4 conseils pour trouver des partenaires entreprises en 2020

Share Button

Votre organisation non profit n’a pas encore bouclé son budget 2020 et vous faites déjà des cauchemars pour 2021 ? Voici 4 conseils pour vous aider à sortir la tête de l’eau et trouver des partenaires entreprises en 2020.

Conseil n°1 : Revoyez à la baisse vos objectifs de nouveaux partenaires entreprises

Je voudrais d’emblée casser un mythe qui a la vie dure : en fundraising, la précipitation n’a jamais engendré aucun résultat. Et ce sera toujours le cas, récession ou non.

En 2020 donc, jouez prudent. Soyez réaliste, et surtout pragmatique.

girl in blue dress illustration partenaires entreprises

Vous l’aurez certainement remarqué dans votre quotidien : pas une seule semaine ne se ressemble depuis le mois de mars. Les entreprises font exactement face à la même réalité :

  • Elles se débattent avec des règles de distanciation physique compliquées à mettre en œuvre, tout en gérant des rythmes de déconfinement disparates selon les pays où elles sont implantées,
  • Elle réintègrent les salariés qui ont dû être mis au chômage partiel, tout en essayant de maintenir le cap et le moral des troupes,
  • Elle doivent prendre des décisions difficiles pour faire des économies en 2020,
  • Elles tentent d’aider du mieux qu’elles peuvent les organisations non profit qu’elles soutiennent déjà, malgré des budgets gelés jusqu’à septembre 2020… voire janvier 2021 !

Pour toutes ces raisons, il y a (malheureusement) de grandes chances pour que vos efforts de prospection ne soient pas récompensés cette année. Ou en tout cas beaucoup plus tard que vous ne l’espériez.

Vous allez donc probablement devoir reporter certains projets ou nouveaux programmes, réévaluer vos besoins et revoir vos priorités. A moins que vous ne réajustiez votre approche et que vous vous adressiez en priorité à votre réseau de proximité.

Conseil n°2 : Capitalisez sur vos proches pour trouver de potentiels partenaires entreprises

2020 ne sera pas propice à la prospection, mais plutôt à la cultivation avec vos prospects et vos alliés.

Bien cultiver sa relation avec vos prospects et alliés, c’est :

  • Prendre de leurs nouvelles spontanément, sans leur parler d’argent,
  • Leur partager des bonnes nouvelles (parce qu’on en a tous besoin en ce moment),
  • Les sensibiliser à ce que la crise sanitaire et économique va changer pour votre cause (à court, moyen et long terme),
  • Garder un œil sur leurs canaux de communication pour comprendre leurs préoccupations et leurs besoins,
  • Participer à leurs webinaires et événements en ligne, et même leur proposer du contenu,
  • … etc.

Bien cultiver sa relation donateur, c’est leur montrer que quoiqu’il arrive vous êtes à leurs côtés, que vous restez actif(ve) et que votre cause a toute son importance auprès d’eux… En clair que vous êtes un partenaire fiable en devenir !

two human hands painting partenariats entreprises

Ne négligez pas le poids de votre marketing digital dans ce processus de cultivation et notamment le poids des communautés. Les réseaux sociaux sont une mine d’or pour comprendre qui sont vos plus fervents soutiens et comment (et où) ils interagissent avec votre organisation. Une fois que vous avez cerné la bonne audience à laquelle vous adresser et le canal sur lequel elle est la plus engagée, communiquez intensément et régulièrement avec elle. Ne perdez jamais de vue que plus vous travaillerez cette communauté et l’élargirez, plus elle pourra vous rapporter de leads.

L’erreur fondamentale à éviter serait d’arrêter d’interagir avec votre communauté digitale dans les prochains mois. Continuez donc à proposer des événements, webinaires, pourquoi pas sous un format hybride (présentiel / distanciel)… Bref, repensez votre calendrier et votre plan de communication en fonction de cette nouvelle communauté d’alliés.

Conseil n°3 : Repensez votre offre pour de futurs partenaires entreprises

Certains secteurs économiques souffriront de la crise économique qui s’annonce. D’autres en revanche ont le vent en poupe depuis le début de l’année (cf. cet article paru dans Le Point) et ont un avenir radieux devant eux.

Quelles que soient les difficultés ou facilités de vos prospects dans les prochains mois, vous devez vous poser une question fondamentale : quels sont leurs besoins à court terme, moyen terme et long terme ?

Cette démarche, inspirée du design thinking, implique que vous vous projetiez dans un rapport d’égal à égal avec vos futurs partenaires et de sortir d’une position de demandeur. Elle vous pousse à réfléchir à une offre qui serait utile à vos partenaires et à votre organisation.

Quelques exemples de besoins actuels évoqués par les entreprises :

  • Recréer du lien entre collaborateurs après plusieurs semaines de télétravail,
  • Réintégrer des salariés restés en chômage partiel et apaiser les tensions qui en découlent,
  • Comprendre les évolutions des préoccupations de leurs propres clients et savoir sur quelles audiences se positionner,
  • Tester de nouveaux produits ou services et avoir des cas d’usage,
  • Justifier de leurs investissements philanthropiques en interne, ajuster leur accompagnement et adapter leur engagement sociétal aux évolutions des prochains mois.

Vous ne pensez pas pouvoir répondre à ces besoins seul(e)s ? Profitez-en pour créer des alliances avec d’autres organisations non profit. Vous pourrez ainsi co-organiser des événements ensemble, ou même répondre ensemble aux appels à projets de fondations d’entreprises.

Conseil n°4 : Diversifiez votre modèle économique !

2020 ne sera pas l’année à laquelle on s’attendait, mais c’est finalement une bonne chose. Les prochains mois seront pour votre organisation non profit une occasion exceptionnelle de renouveler voire repenser entièrement son approche des partenariats entreprises.

A ce titre, êtes-vous certain(e) que votre cause ne peut pas intéresser des donateurs individuels ? Y a-t-il des ressources que nous n’avez pas exploitées jusqu’à maintenant ?

Si la réponse à ces deux questions est « oui », alors il y a fort à parier que 2020 pourrait aussi être une année charnière pour diversifier le modèle économique de votre organisation non profit.

Curieux(se) de savoir comment faire ? Contactez-moi 😉

Signé : Axelle

Share Button

Parenthèse n°14 – Pourquoi les fundraisers ne peuvent plus se passer d’agilité

Share Button

Dans cette nouvelle Parenthèse, qui ouvre la série « Fundraising Lab » des Parenthèses d’Axelle, je vous explique en quoi les fundraisers ne peuvent plus ignorer la notion d’agilité, à l’aube d’une nouvelle ère économique éminemment complexe, imprévisible et inédite.

Trop de process en fundraising tue le fundraising

Les fundraisers les plus chevronné(e)s pourront en témoigner : le fundraising s’est beaucoup professionnalisé ces dernières années. Auparavant pratiqué de façon artisanale, le fundraising a fini par devenir une question stratégique à la fin des années 2000 pour les organisations non profit.

Et on ne va d’ailleurs pas s’en plaindre ! Les équipes de fundraisers s’étoffent, les stratégies se structurent, les plans d’action à 3 ans se rodent.

Mais il faut bien l’admettre, nos calendriers finissent par bien se remplir, voire devenir répétitifs d’une année sur l’autre :

  • Campagne IFI en mai – juin,
  • Collecte de la taxe d’apprentissage en janvier – février,
  • Réunions de comité d’ambassadeurs trimestrielles,
  • Vagues de prospection en télémarketing à la période des assemblées générales,
  • Dîner de gala annuel,
  • Campagne de fin d’année omnicanale ou 360° pour fidéliser et upgrader,
  • …etc.
person holding notepad and pen flat lay photography

Malgré une méthodologie du Fundraising Circle pourtant itérative et incrémentale, il peut être très facile de tomber dans le process à outrance, reléguant ainsi les notions d’agilité et de créativité au statut de vœux pieux.

Et cela comporte des dangers non négligeables pour l’efficacité de nos campagnes, et plus largement l’impact de nos organisations et leur capacité de changement.

Danger n°1 : une (trop) grande pression sur soi et ses équipes

Le fundraiser est déjà un mouton à 5 pattes, qui s’occupe à la fois de la stratégie, de la relation avec des donateurs historiques, de ses équipes, de sa gouvernance, de ses prestataires.

Impact Investing: «dessine-moi un mouton (à cinq pattes)» - Bilan

Il ne peut pas en plus :

  • Etre un leader inspirant,
  • Etre omniscient et omnipotent,
  • Décrocher des millions,
  • Faire des économies de budget,
  • Innover,
  • Garder le sourire en toute circonstance,
  • Et faire le café à la prochaine réunion du comité d’ambassadeurs.

Danger n°2 : une dégradation de la qualité de la relation donateurs

L’imprévu et à la spontanéité sont des composantes essentielles de la relation que nous devons créer avec nos donateurs (et particulièrement ceux dont les portefeuilles sont les plus dodus). Par conséquent il n’y a rien de pire que de passer pour un parfait petit robot fundraiser devant ses donateurs, débiteur d’un discours recyclé et in fine dépassé.

Plus largement, il semble difficile d’incarner sa cause et son organisation quand sa plateforme de discours date d’il y a 10 ans et qu’elle n’a pas été révisée depuis. Le contexte sociétal a par ailleurs forcément changé, nos cibles et leurs besoins ont évolué. Et donc les canaux pour aller les chercher ne sont plus les mêmes.

Ignorer que les besoins de nos donateurs changent constamment et ne pas s’adapter revient au mieux à rater des opportunités, au pire à se tirer une balle dans le pied sur le long terme.

Danger n°3 : rater des opportunités dans la nouvelle donne économique post Covid-19

Ce ne sont pas les imprévus et les bouleversements qui ont manqué ces dernières années pour les organisation non profit.

Réformes successives du cadre juridique et fiscal, crise sanitaire et économique, substitution de la RSE au mécénat… Il semblerait que les fundraisers aient passé depuis 2018 plus de temps à réadapter leurs stratégies et leurs process qu’à réellement innover.

Réadapter sa stratégie tous les ans, alors que les process en interne sont lourds et inefficaces est inévitablement douloureux, épuisant et démotivant. Et cela prive enfin et surtout le fundraiser de la créativité et l’attention doit il a besoin pour explorer de nouvelles opportunités.

En quoi les méthodes agiles peuvent nous aider ?

Les fameuses « méthodes agiles » viennent du monde du développement logiciel, et suivent les 12 principes du Manifeste Agile créé en 2001 par un collectif de développeurs.

Faisant la part belle à l’intelligence collective, les méthodes agiles permettent une gestion de projet plus empirique et moins prédictive, dans des environnements complexes, incertains, et aux parties prenantes multiples.

Ça vous dit quelque chose ? Alors rendez-vous vite sur la « Parenthèse n°15 – 4 conseils pour devenir un fundraiser agile« .

Signé : Axelle

Share Button

Parenthèse n°10 (partie 2) – TPE/PME : 5 idées pour des partenariats efficaces avec l’Économie sociale et solidaire

Share Button

1,2 million. C’est le nombre de partenariats qui ont été construits entre des entreprises et des associations en 2015 (Le Rameau). A l’heure où le Gouvernement entend revoir le régime fiscal du mécénat, il semblerait que l’engagement sociétal et local des TPE/PME ait de belles perspectives d’avenir. Alors comment travailler en bonne intelligence avec des organisations de l’ESS tout en générant de l’impact ?

Cette Parenthèse a été écrite à quatre mains avec Tiphaine Vidal, consultante et facilitatrice RSE & ESS. Vous pouvez accéder à la première partie de cette Parenthèse ici.

Idée n°3 : co-construire un projet avec une organisation de l’ESS

Depuis quelques années, on voit également émerger des relations partenariales fortes, visant à développer une offre commune : on parle alors de partenariats en co-construction. Dans ce cadre, entreprises et organisations de l’ESS vont travailler main dans la main autour de valeurs communes et pour répondre à un défi de société.

Partenariats TPE/PME & ESS 3

Le modèle économique de ce type de partenariats peut être assez innovant. Si parfois le projet co-construit peut s’autofinancer par de la vente de prestations commerciales, il peut parfois faire l’objet d’un montage plus atypique où les deux partenaires lèvent des fonds pour le projet (via le mécénat ou le parrainage), ou bien l’un réalise un apport en industrie et l’autre réalise un apport financier.

Schneider et La Varappe ont par exemple créé ensemble une joint venture sociale, La Varappe Développement Énergie, visant à proposer des services aux petites collectivités dans le domaine des énergies renouvelables (Le Rameau). Plus récemment, HEC et Ticket for Change ont lancé un MOOC qui permet de trouver une idée d’entrepreneuriat social et structurer son projet afin de devenir un entrepreneur du changement.

Les projets co-construits présentent plusieurs atouts en plus de renforcer la relation partenariale des deux parties :

  • Du côté de la structure de l’ESS, ils permettront de développer des projets à plus grande échelle, ou de développer une offre s’adressant à de nouveaux publics, et éventuellement de bénéficier d’un soutien financier pluriannuel.
  • Du côté de l’entreprise, ces partenariats vont venir renforcer ses engagements RSE et améliorer son impact sur les thématiques sociétales associées au projet, tout en lui permettant d’acquérir de nouveaux marchés.

Idée n°4 : choisir des lieux de l’ESS pour vos événements

L’événementiel et la location d’espaces dans des lieux singuliers, souvent gérés par des associations ou des collectivités, sont pour une entreprise un formidable moyen de créer des moments d’événementiel corporate uniques.

Mettre en scène son engagement et ses valeurs dans un cadre exceptionnel est une manière originale et moderne de faire des relations publiques. Par exemple, la Grainerie à Toulouse, fabrique des arts du cirque, met à disposition ses locaux pour des événements… « avec une couleur cirque ». Découverte et inspiration garanties !

Partenariats TPE/PME & ESS 4

Dans une logique de prestation pure, l’événementiel permet pour l’organisation qui exploite les lieux de développer ses ressources propres. 

Enfin, cela permet aux entreprises d’envoyer un message très positif aux collectivités locales et aux élus, qui seront ravis de voir que les entreprises du territoire « prennent soin » du patrimoine local. 

Idée n°5 : se faire accompagner par une organisation de l’ESS sur une thématique précise

Les organisations de l’ESS ont souvent une expertise peu valorisée, mais unique, sur des thématiques ou des publics bien précis (par exemple l’intégration de personnes handicapées dans l’entreprise). Aujourd’hui encore peu d’entreprises voient les organisations de l’ESS comme détentrices d’une expertise, et c’est bien dommage !

Les TPE/PME se questionnent de plus en plus sur leurs obligations relatives à la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) et sur le chemin à prendre pour s’engager. Si la RSE n’est pas pour le moment une obligation légale pour les TPE/PME, soutenir une cause tout en se faisant aider sur une problématique sociétale peut être un premier pas vers la RSE. Ou peut même venir enrichir une politique déjà en place. Le secteur de l’ESS agit alors comme un levier pour permettre aux entreprises de travailler sur les fameux 17 ODD (Objectifs de Développement Durable) et d’améliorer leur impact social et environnemental

Historiquement, le WWF a été l’une des ONG précurseures de ces partenariats « d’expertise ». Non sans polémique, elle a notamment accompagné Carrefour sur la politique d’achat de sa filière bois, et son logo est désormais apposé sur un grand nombre de produits de l’agro-alimentaire. Derrière cette mise en avant de l’ONG se cache une réelle stratégie partenariale pour aider les marques à avancer vers plus d’éco-responsabilité, que son ancien Directeur Général Pascal Canfin nommait « partenariat transformationnel » (interview de L’Usine, 2017). 

Un autre exemple emblématique est celui de Transparency International France, qui accompagne depuis 2004 le groupe Lafarge dans l’évaluation de son dispositif anti-corruption et la rédaction de sa charte lobbying (Le Rameau).

Partenariats TPE/PME & ESS 5

Si l’accompagnement se fait dans le cadre du mécénat, l’accompagnement peut être en soi une contrepartie (mais attention à ce que la valeur de l’accompagnement conserve une disproportion marquée avec la valeur du don). Il peut par ailleurs s’effectuer comme une prestation de conseil, à condition que la vente de la prestation ne remette pas en cause la non-lucrativité de l’organisation.

Conclusion : avoir des idées c’est bien, mais avoir une stratégie c’est mieux !

Tout cela prend du temps, de l’énergie et demande de mobiliser des ressources humaines sur la question. Mais cela requiert avant tout de savoir dans quelle direction on avance, pourquoi, ce qu’on en attend… Bref, d’avoir une véritable stratégie !

Si bien sûr l’entreprise n’a a priori pas vocation à s’attaquer dans son coeur de métier à toute la misère du monde, il n’en demeure pas moins qu’elle peut avoir son mot à dire sur ces questions et des compétences à valoriser.

La RSE est au cœur des enjeux de l’entreprise d’aujourd’hui et de demain. Et la philanthropie d’entreprise peut être un outil formidable au service de ces politiques RSE, et au bénéfice des organisations de l’ESS du territoire. Mais attention à la cohérence globale, car comme le souligne Virginie Seghers, co-fondatrice de Prophil, « aucune entreprise ne se dédouanera d’un comportement irresponsable par un mécénat de qualité ; le mécénat alibi ne sera pas l’arbre qui cache la forêt » (Ce qui motive les entreprises mécènes, 2007).

Au bout du compte la question qui se pose est bien celle de la « raison d’être » de l’entreprise : à quoi bon produire de la richesse si elle ne permet pas de construire le monde de demain ?

Pour aller plus loin

Relisez la première partie de cette Parenthèse ici.

Share Button

Parenthèse n°10 (partie 1) – TPE/PME : 5 idées pour des partenariats efficaces avec l’Économie sociale et solidaire

Share Button

1,2 million. C’est le nombre de partenariats qui ont été construits entre des entreprises et des associations en 2015 (Le Rameau). A l’heure où le Gouvernement entend revoir le régime fiscal du mécénat, il semblerait que l’engagement sociétal et local des TPE/PME ait de belles perspectives d’avenir. Alors comment travailler en bonne intelligence avec des organisations de l’ESS tout en générant de l’impact ?

Cette Parenthèse a été écrite à quatre mains avec Tiphaine Vidal, consultante et facilitatrice RSE & ESS. Vous pouvez consulter directement la deuxième partie de cette Parenthèse ici.

L’engagement sociétal : effet de mode ou véritable tendance de fond ?

Contrairement aux idées reçues, les TPE et PME représentent l’écrasante majorité des entreprises mécènes en France (96%). Celles-ci sont particulièrement attachées à l’ancrage territorial, le mécénat s’exerçant en très grande majorité au niveau local (Baromètre 2018 CSA / ADMICAL). Du côté de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), on tisse depuis bien longtemps des partenariats avec le secteur dit « marchand », parfois par obligation, mais la plupart du temps par opportunité de développement.

Et pourtant, malgré des dynamiques partenariales fortes et innovantes entre les TPE/PME et l’ESS, les préjugés ont encore la vie dure !

Sur le terrain, il est courant d’entendre des acteurs de l’ESS fustiger les pratiques délétères des entreprises, jusqu’à refuser de coopérer avec elles. Et du côté des entreprises, on ricane souvent de l’amateurisme présumé et de la naïveté des acteurs de l’ESS. 

Pour autant les raisons de travailler ensemble sont plus nombreuses que les raisons de s’opposer. Notamment parce que sur un même territoire, TPE/PME et organisations de l’ESS partagent bien souvent des enjeux communs. Elles ont les unes comme les autres des problématiques de croissance sur des territoires parfois économiquement et socialement isolés. Elles peuvent rencontrer les mêmes problématiques de gestion RH (difficultés de recrutement, gestion des talents et de la cohésion d’équipe). Toutes sont dirigées par des citoyens qui ont à cœur le rayonnement de leur territoire, leur région, etc.

Comment faire donc pour commencer des partenariats efficaces avec des organisations de l’ESS ?

Idée n°1 : faire ses premiers pas avec le mécénat d’entreprise ou le parrainage

Levons tout de suite une confusion trop fréquente : le mécénat et le parrainage sont dans leur stricte définition des outils juridiques et fiscaux, POINT.

Ils peuvent servir le même objectif, mais la véritable différence se fera au niveau de la défiscalisation du don (inexistante pour le parrainage) et de la valeur des contreparties (plafonnées pour le mécénat). En réalité, le régime choisi permettra de donner un cadre aux partenariats conclus.

Encadrés par la désormais célèbre loi Aillagon de 2003, mécénat et parrainage sont en réalité deux régimes fiscaux qui traduisent une pratique très ancienne : celle de la philanthropie. D’abord exercé par de riches individus à l’égard des arts et des sciences, la philanthropie  a su s’adapter à l’air du temps. 

Finie donc l’époque de la philanthropie “à la papa” ou danseuse de président ! Bienvenu.e.s dans l’ère de la corporate philanthropy et des partenariats stratégiques !

Aujourd’hui la philanthropie d’entreprise s’est beaucoup professionnalisée et structurée. Elle est devenue un excellent moyen d’engagement des entreprises, tant du point de vue des dons en numéraire (ou financiers), en nature, ou du mécénat de compétence.

Elle peut très concrètement se traduire par un don qui permet de soutenir globalement l’action de l’organisation, ou plus précisément un projet spécifique vers lequel le don sera « fléché ». 

Certaines entreprises mettent en place des dispositifs de partenariats plus poussés, comme des dispositifs de mise à disposition de collaborateurs (qui vont travailler pro bono pendant un nombre donné de journées pour une organisation d’intérêt général). C’est le cas par exemple d’Altran Technologies France

D’autres organisent un défi solidaire annuel au bénéfice d’une association, comme par exemple Seabird et sa marche solidaire Amalia pour les Baroudeurs de l’Espoir

D’autres enfin vont plus loin et vont jusqu’à créer un fonds de dotation ou d’une fondation d’entreprise pour donner davantage d’impact à leur action d’intérêt général. On pourra citer par exemple le fonds Après Demain ou la Fondation d’entreprise Hermès, dédiés à des thématiques en rapport avec le cœur de métier de l’entreprise d’origine. 

Les partenariats avec l’ESS permet de créer ou consolider un esprit d’appartenance parmi ses collaborateurs. Bien au-delà de ça, il permet de créer une véritable identité de l’entreprise sur le territoire, et permet de renforcer la marque employeur de l’entreprise. L’assureur Monceau Assurance a su notamment créer une véritable dynamique à Vendôme (Loire-et-Cher) en mettant à disposition son Monceau Campus à disposition de ses partenaires associatifs. 

Et pour ne rien gâcher, il convient de rappeler que le modèle français du mécénat est un des plus incitatifs au monde (cocorico !). Une entreprise qui réalise un don au titre du mécénat peut déduire jusqu’à 60% du montant de son don de l’IS (dans la limite de 0,5% de son chiffre d’affaire, ou de celle d’un plafond de 10 000€ pour les TPE/PME). 

Idée n°2 : monter ou rejoindre un club d’entreprises locales

Le mécénat dit « collectif » permet de rassembler des entreprises autour d’un enjeu de société commun. Beaucoup d’acteurs culturels ont développé ce type de démarches ces dernières années, à l’instar du Fonds de dotation Carré Rive Gauche ou encore le club d’entreprises de l’AROP (Association pour le Rayonnement de l’Opéra de Paris). Tous les secteurs sont aujourd’hui représentés dans les clubs d’entreprises. 

On peut distinguer deux types de clubs d’entreprises :

  • ceux créés à l’initiative d’entreprises engagées dans des démarches d’intérêt général ;
  • ceux créés par un organisme de l’ESS afin de réunir des partenaires et favoriser leur engagement.

Créer ou rejoindre un club d’entreprises locales permet aussi bien de rassembler des acteurs du territoire intéressés par une même problématique, que de créer des opportunités business et de réseautage. Les délégations locales de la Fondation FACE en sont un bon exemple. 

Nombre d’organisations de l’ESS ont par ailleurs pris les devant et ont créé elles-mêmes leurs clubs d’entreprise, avec pour ambition de fédérer des entreprises autour de leur cause. L’association historique GIAA (Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes) a ainsi initié le « Club Emploi » en 2003, dont les entreprises membres accompagnent les personnes déficientes visuelles dans leurs recherches d’emploi. 

Si le club peut avoir vocation à soutenir financièrement des projets autour d’une thématique d’intérêt général précise, créer une fondation ou un fonds de dotation peut également s’avérer être une belle opportunité ! C’est ainsi que le club d’entreprises partenaires de l’institut Garches créé en 1988, qui favorise l’insertion des personnes en situation de handicap moteur, est devenu la Fondation Garches en 2004. 

Découvrez la suite de nos idées dans la deuxième partie de cette Parenthèse.

Share Button

Parenthèse n°9 – 5 conseils pour réussir à collecter pour une cause difficile : le cas du Mouvement Français pour un Revenu de Base

Share Button

Dans la Parenthèse n°8, je vous expliquais pourquoi il était si difficile de collecter quand on porte une cause difficile. Point de fatalité cependant : il existe de multiples façons de contourner cela ! Dans cette nouvelle Parenthèse, je vous explique comment faire au travers de mon expérience avec une belle association que j’ai accompagnée ces derniers mois : le Mouvement Français pour un Revenu de Base.

Que fait le Mouvement Français pour un Revenu de Base ?

J’ai eu le grand plaisir de travailler début 2019 avec le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB). Créée en 2013 à l’issue d’une ICE (initiative citoyenne européenne), cette jeune association a pour mission de promouvoir le revenu de base dans le débat public afin d’aboutir à son instauration en France.

Pour comprendre davantage ce qu’est le revenu de base, voici une vidéo réalisée en 2017 :

Porté par plus de 1 000 adhérents et 30 groupes locaux, et appuyé par des personnalités politiques de tous bords, le MFRB a depuis sa création réalisé de nombreuses actions pour promouvoir le revenu de base. Très bien intégré dans l’écosystème mondial du revenu de base (UBIE pour l’Europe et BIEN au niveau mondial), le MFRB est devenu en quelques années très présent sur la scène politique française. En 2018, par exemple, le MFRB a été reçu à l’Elysée dans le cadre du plan de lutte contre la pauvreté, et a contribué au rapport de Cédric Villani sur l’intelligence artificielle.

En 2019, le MFRB se retrouve après 6 ans d’existence confronté à la nécessité de changer d’échelle. Concrètement, il lui faut développer ses ressources pour pouvoir pérenniser ses équipes et embaucher ses premiers salariés.

Mouvement Français pour un Revenu de Base

Pour autant, le MFRB doit composer avec deux freins majeurs pour développer sa collecte :

  • La question du revenu de base est une question clivante, bien que défendue par des personnalités politiques de gauche comme de droite. Véritable projet de société alternatif, elle constitue une solution à nombre de problématiques sociales, telles que la grande pauvreté, la précarité de l’emploi et le chômage, l’émancipation des femmes, l’égalité des chances, le développement des zones rurales, et même la construction de l’Europe sociale. Le revenu de base a donc tout d’une « cause difficile » (cf. définition dans la Parenthèse n°8).
  • Le MFRB, bien que reconnu d’intérêt général, n’a pas la possibilité d’émettre des reçus fiscaux permettant de défiscaliser les dons reçus au titre du mécénat.

Deux facteurs qui complexifient sérieusement la collecte et peuvent vous donner la migraine au quotidien.

Mais ce n’est absolument pas une raison pour baisser les bras. C’est même au contraire une excellente opportunité d’innover !

Si votre association est dans le même cas de figure, voici quelques conseils que vous pouvez appliquer pour contourner ces obstacles et construire votre stratégie de développement à 3 ans.

Conseil n°1 : Ne vous arrêtez pas au « non » émis par l’administration fiscale

Dès que vous recevez la réponse de l’administration à la procédure de rescrit fiscal, repartez à l’assaut ! Revoyez sérieusement votre argumentaire, et consultez un juriste ou un avocat, mais ne restez pas sur cette réponse.

Plus généralement, cela peut-être une opportunité pour repenser votre statut juridique : un autre statut ne serait-il pas plus approprié pour permettre à votre organisation de remplir sa mission (fonds de dotation, fondation abritée, etc.) ?

Cette réflexion est une bonne occasion de (re)penser jusqu’au bout votre stratégie de développement des ressources à 3 ans, et de bien anticiper vos besoins.

Conseil n°2 : Plus que jamais, diversifiez votre modèle économique

Les associations et ONG ont trop tendance à envisager le développement des ressources sous un seul angle : le mécénat d’entreprise, les dons majeurs, le crowdfunding, etc.

Quel dommage quand on connaît la diversité des leviers à votre disposition !

Si votre organisation porte une cause difficile, avec le risque donc que cela complexifie vos démarches, la meilleure stratégie pour votre organisation sera donc de diversifier un maximum les ressources issues de la générosité privée. Dons de particuliers, dons majeurs, partenariats entreprises, appels à projets de fondations, micro-dons, abondement ou matching gifts… A vous de trouver le bon « mix » entre tous ces canaux !

Mais la réussite de votre modèle économique tiendra également à un savant mélange entre générosité privée, fonds publics (subventions publiques locales, fonds européens) et d’autres modes de financements (adhésions). Et ce d’autant plus si le Trésor public vous refuse la possibilité d’émettre des reçus fiscaux.

Enfin, veillez à bien évaluer vos besoins jusqu’au bout :

  • N’y a-t-il pas d’autres ressources qui vous permettraient de vous développer (don en nature, mécénat de compétence, bénévolat) ?
  • Ne pouvez-vous pas co-construire certains projets avec des organisations partenaires (campagnes de plaidoyer ou colloque par exemple) ?
  • Votre organisation est-elle éligible aux dispositifs d’aide à l’embauche d’un.e premier.e salarié.e ?

Quoiqu’il en soit, n’ayez pas peur de « penser en dehors de la boîte » ! Votre cause est unique, et verser dans le conformisme au niveau de votre campagne de collecte la desservirait. Vous avez la grande chance de pouvoir casser les codes et bousculer les habitudes : cultivez cette attitude même avec vos donateurs.

Conseil n°3 : Identifiez vos alliés les plus fidèles

Même si votre cause est réputée difficile, vous avez très certainement un réseau d’alliés sur lequel vous appuyer.

Il peut s’agir d’autres associations, ONG, mouvements ou même partis politiques, qui peuvent relayer vos projets.

Mais vous avez surtout et très certainement des personnalités dans votre environnement immédiat, sympathisantes de votre cause et qui accepteront de vous aider. Et si elles ne peuvent vous faire un don, leur carnet d’adresse vaut de l’or !

Pour les trouver, il faut déjà les chercher :

  1. Commencez par réunir votre bureau / comité d’ambassadeurs / comité exécutif
  2. Réalisez ensemble une cartographie des acteurs avec lesquels vous travaillez actuellement ou avez travaillé.
  3. Commencez à pré-remplir votre base de contact, et qualifiez les différents contacts identifiés (en veillant à rester GRPD friendly)
  4. Une fois les contacts prioritaires définis, contactez-les et rencontrez-les pour leur présenter vos projets.
  5. Une fois la dynamique lancée, remerciez-les et surtout cultivez soigneusement vos relations avec ces précieux alliés.

Si cette démarche demande un véritable investissement en temps et en ressources de la part de vos équipes bénévoles, elle en vaut largement la peine !

Conseil n°4 : Segmentez soigneusement votre base de contacts

En plus de tout le travail de cartographie réalisé précédemment, lancez vous dans un benchmark de votre environnement concurrentiel. Très concrètement, il s’agit de regarder :

  1. Comment la cause que vous portez est comprise par le grand public (et donc par des donateurs potentiels qui s’intéresseraient à votre cause)
  2. Ce que font les organisations concurrentes en matière de fundraising, et comment la vôtre se place dans cet environnement-là

Ce travail de recherche vous permettra de commencer à qualifier votre base de contacts et à gagner un temps précieux pour la suite.

Il n’y a rien de pire en effet que de travailler avec un fichier de prospection avec 300 contacts non qualifiés ! Non seulement vous n’arriverez pas à tout suivre en même temps, mais vous aurez aussi le plus grand mal à prioriser vos approches. Et vous manquerez enfin de pertinence quand vous solliciterez vos prospects et alliés, ce qui n’est jamais bon pour une première impression.

Conseil n°5 : Osez voir plus loin que la France

Si votre organisation est particulièrement bien identifiée au niveau mondial sur la cause que vous portez, n’hésitez pas à aller chercher des prospects au-delà des frontières nationales.

Vous êtes déjà suffisamment isolés par votre cause, ne restez pas coincés dans le syndrome du petit village d’irréductibles Gaulois !

A l’échelle européenne par exemple, regardez quels sont les fonds européens auxquels vous pouvez prétendre. Regardez quelles fondations européennes sont actives sur votre cause, et renseignez-vous également sur les grands philanthropes européens ou américains : ils peuvent être bien plus sensibles à votre cause que les philanthropes français.

Conclusion : Le fundraising est un sport d’endurance

Développer ses ressources n’est jamais simple, et ça l’est encore moins quand on porte une cause difficile.

Pour prêter le moins possible le flanc à la critique, professionnalisez un maximum votre approche et votre relation avec vos alliés, donateurs, partenaires. On vous pardonnera toujours votre authenticité, mais beaucoup moins des approches bancales, des maladresses ou des relances trop insistantes.

Et si vous avez déjà appliqué tous ces conseils et que votre campagne ne décolle pas, laissez le temps au temps !

Ou alors contactez-moi pour qu’on en discute 😉

Signé : Axelle

Share Button